Un écrivain découvre des crottes de licorne au paradis

paradis des licornes

Nous nous attachons les chaines médiatiques de notre servitude et nous creusons la fosse Marianne de nos propres enfants. L'entreprise devient la société, l'état devient une startup, le président un revendeur à la sauvette et les députés des guetteurs : le troupeau ne doit pas s'éparpiller. On légalise ce qui tue. On interdit le naturel. On libère l'interdit. On interdit la liberté. Consommer remplace l'acte politique de vote. La manière de consommer devient la morale à suivre religieusement. Les fauteuils font les kapos.
La rébellion est clochardisée. "Se vider la tête" est un acte d'hygiène pour une bonne santé mentale ; "la tête vide" est un signe extérieur de richesse. La spiritualité new-age nous revend l'irresponsabilité volontaire joyeuse. Votre malheur est de votre faute. Pour nous occuper la tête, nous oublions nos compromissions dans toutes sortes de festivités bucoolisées et autres Youpilands acidulés, retransmis en direct par les médias.

" Qui mange encore n'est pas tout à fait mort..."

C'est dans un bonheur de télétubbies que la nouvelle doxa s'affiche en lumières colorées : "Qui consomme est libre". La nouvelle église du nazisme financier sort de terre ; elle est mondialiste. Elle l'a toujours été ; ce n'est que sa énième réforme, pour conserver ses valeurs. Elle force la terreur des peuples qui en appellent à l'ange misèricordieux. Parce qu'il ne lui manque qu'une seule chose : un messie ou plutôt une icône divine, un veau d'or, que leur peuple asservi pourra aduler en achetant les représentations plastifiées, éjaculant de la poudre d’héroïne par impulsion magnétique. Alors une nouvelle civilisation écarquillée pourra éclore du chaos, sous nos yeux émerveillés de bonheur embrumé. L'intelligence s'évapore comme d'autres exodent leur fiscalité.
En attendant que la prochaine icône soit mise en marché, les syndicats et les politiques vous injectent le placebo de votre absolue nécessité à la marche du système. Vos âmes valent bien leurs gloires éphémères. Vous ingurgitez tous les psychotropes légalisés pour vous anesthésier le regard sur la pourriture colonisant votre vieux frigo en panne. Sous les lumières scintillantes de vos écrans, vous faites semblant de croire à votre vie paradisiaque avec vos richesses moulées.  Mais la publicité vous rappelle en continu dans vos miroirs numériques, à quel point elle est merdique sans leurs nouveautés poussiéreuses.
Vous économisez en espérant le prochain produit, la clé de votre Eden enfin retrouvé, pourvu qu'il soit bio. C'est sans compter sur leur talent de marketeur : une clé à usage unique pour un Eden à durée limitée ; vive l’obsolescence programmée contre vos derniers acquis, car même Dieu en subit les outrages. Le paradis est pollué et le bonheur est en vente. Hâtez vous car il n'y en aura pas pour tout le monde. Le messie est dans votre poche et vous espérez son sms. Vous étiez les élus du marché. Mais le marché est mort.

"Mourir vieux n'est plus de votre âge, mon vieux".

Vive le marché deux point zéro : la planète est en vente et il n'y en aura pas pour tout le monde. Les cendres de Descartes sont à peine tièdes que la Nature s'épuise déjà de sa marchandisation. On organise les pénuries pour mieux les vendre. Pour échapper à leur enfer mondialisé et accéder à ces ilots paradisiaques qu'ils ont privatisé, vous vendez vos chairs pas trop cher, vous consentez silencieusement à l'esclavage d'autrui, au rétablissement du STO et des camps de travail. Le silence de nos vies est fait du hurlement des sacrifiés. Nos lâchetés sont assourdissantes.
Vous réclamez le droit de mourir dignement par empoisonnement après une vie de dur labeur et les hangars spécialisés sont déjà prêts à y aller plein gaz pour quelques subventions. Bien entendu, si vous en avez les moyens, une chambre individuelle pourra vous être octroyée. Parce qu'une retraite à points c'est un permis de vivre : l'Ausweis de la vie. Vous achetez des points pour le droit de vivre vieux, toujours aux mêmes dealers.
Dans leur univers concentrationnaire, vous inventez et achetez leurs armes, pour assassiner vos enfants dans leurs guerres, où ils s'approprient les ressources de la Nature, qu'ils vous revendent ensuite. Vous créez et fabriquez leurs robots qui vous remplacent déjà. Vous épandez leurs toxines qui réduiront votre humanité trop nombreuse en troupeaux stérilisés. Vous nourrissez leurs banques génétiques en spermes et en ovules. Le foetus est en gestation sur commande et la parentalité est à vendre.
Vous alimentez leur intelligence artificiel en diffusant la votre sur internet, en leur donnant gratuitement votre savoir-faire. Votre identité s'est multipliée en avatars numérisés. Vous fournissez l'argent et la sueur nécessaire à leurs desseins. Vous souscrivez au droit de respirer en vous abonnant au carbone boursicoté. Vous tolérez leurs excès en échange des miettes de votre planète, avec la désespérance d'y survivre... Vous accédez à l'irresponsabilité de conscience contre l'innocence de vos voisins. La récompense du maitre n'est jamais à la hauteur du sacrifice de l'esclave.

"L'humain augmenté sera un lapin à piles"

Il leur fallut à peine quelques millénaires pour s'approprier les ressources de la planète, qu'ils s'emparent de la nature de la terre au point de la détruire totalement. L'unité mondialiste se partage en fratries messianiques. L'humain se croit l'élu ; il se pense à l'abri, il se croit protégé. Il s'enferme dans la fausse croyance que personne ne pourra s'emparer de sa nature humaine. Et il se trompe.
Les avancées technologiques permettent de plus en plus de contrôler son corps : l'obsolescence de la prothèse sera à renouveler. Les découvertes scientifiques ouvrent les portes du contrôle cérébral qui sonne le glas de l'humanité consciente. Déjà influencé par Marvelwood, votre imaginaire désire leurs besoins. Les chimères sonnent à votre porte pour vous vendre des compétences augmentées, améliorant vos performances pour une employabilité accrue. C'est la formidable aventure de ce nouveau millénaire : s'accaparer la nature humaine ; le marché trois point zéro.
Vos révoltes justifient leurs violences autoritaires par des anciens de la Cagoule, qui logèrent le temps d'une collaboration à Vichy ou dans la rue Laurisson, devenus au fil des fils, des proxénètes enflicaillés à la matraque facile, et des élus du peuple aux hôtels particuliers. C'est leur idéal que vous vivez. C'est votre esclavage qui les font vivre. Vous ne devez pas comprendre la supercherie. Vous vous amusez du spectacle ubuesque de vos écrans qui vous regardent. Ils vous surveillent et vous fichent. Ils s'assurent que vous restiez sur le marché. Ce dernier révèle sa véritable nature : un trottoir où filles et garçons se vendent indifféremment, où jeunes et vieux se font concurrence.
Le monde est devenu une maison de joies, un bordel géant où la prostitution intellectuelle et physique est la norme. La perversion est innocentée par l'irresponsabilité. La soumission est considérée comme acte de résistance politique. La collaboration est devenue un art de vivre. Elle s'interdit votre discrimination. Tout le monde se vend, s'achète et vous devez trouver cela amusant. Dénoncer son souteneur est lâche. Accepter vos chaines est la démonstration de votre liberté. Vendre l'âme de son voisin est payant. Le poison ruisselle d'en haut, ce qui nous interdit de le révéler.

"La pauvreté ça tache quand même beaucoup"

Tout ça prêterait à rire si nous n'avions pas la responsabilité du charnier de cadavres qui s'amoncèlent sous une montagne de déchets plastiques exportés. Nous pourrions détourner la tête si les ressources de la planète n'étaient pas toutes épuisées, en signes ostentatoires de réussite économique, converties en podium pour vieux adulescents milliardaires, dans le jeu mortifère de la reconnaissance parentale.
Nous pourrions sourire de leur suprématie totalitaire si nous ne savions pas que leurs costumes sont cousus des chairs encore sanguinolentes de nos frères et soeurs. Nous pourrions vaquer à nos occupations quotidiennes s'ils ne cherchaient pas à s'accaparer la mort en finançant la vie éternelle : quel délicieux enfer que d'être éternellement leur esclave, avec la mort pour seul espoir d'être affranchi, non ? Les premiers golems s'entrecroisent.
Mais ce que ne vous disent pas vos écrans numériques, ce que ne montre pas le film continu de vos publicités pornographiques, ce qui se cache sous tous les paradis artificiels auxquels vous voulez croire, c'est que les licornes et les télétubbies font aussi caca...

 

"Happyland" est un texte écrit par Yvan Besnard. Tout droit de reproduction est interdit quel qu'en soit la forme sans un accord écrit de son auteur.

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