retranscription de l'interview sur le genre genderfluid

"Le gender-fluid" Personne dont l’identité de genre fluctue de manière plus ou moins marquée ; peut se sentir parfois plutôt un homme parfois plutôt une femme, parfois androgyne...

J’aime bien être féminine, je trouve ça joli et agréable. Pour autant c’est un choix esthétique, émotionnel plus qu’identitaire. Je m’habille "en homme" parce que c'est plus fonctionnel, plus pratique selon l'occasion et d'autre fois c'est le féminin qui l'emporte parce que c'est plus agréable, c'est ma sensibilité du moment, et que la situation s'y prête mieux. J'y trouve un certain confort.


Pour moi ce n’est pas un travestissement. un vêtement est un morceau de tissu, rien de plus; il ne définit pas ce que je suis, mais un état d'esprit à un instant T, une sensibilité. Ce que je ressens m'appartient. Ce que les autres en interprètent n'appartient qu'à eux. L'habit ne fait pas le moine et n'est absolument pas représentatif de mes préférences sexuelles. Je suis entre-deux ou les deux à la fois. En étant les deux, en vivant chaque part de moi, en exprimant des appétences que la société qualifie de féminine ou masculine, je retrouve mon intégrité, mon unité.


Je laisse s'exprimer autant ma sensibilité masculine que féminine, que se soit dans le vêtement que dans mes relations. Je peux avoir des discussions dont on ne parlerait pas à l'autre sexe, et en fonction des circonstances, laisser mon énergie masculine ou/et féminine y répondre. C'est d'une richesse incroyable... Cela me permet d'être à l'écoute de l'autre, d'entendre ses sentiments et de comprendre certaines émotions qui sont propres à l'autre.

 

Vais je répondre pour autant aux dictats sociaux féminins ? pas plus que je ne répondrais aux injonctions sociales du masculin. J'ai connu cette époque où le changement n'était pas envisageable; où si nous n'étions pas l'un, nous devions être l'autre, de gré ou de force, où la seule perspective était la transexualité psychiatrique ou l'internement. Il y a du bons et du mauvais dans chacun d'entre eux; ce n'est pas parce que certains tolèrent de subir ces injonctions que je dois nécessairement le subir à mon tour.

Il existe des sociétés ailleurs où il est demandé à chacun de vivre le genre de l'autre avant de choisir, et d'autres encore où vous pouvez changer votre genre en fonction de ce que vous vivez tout au long de votre vie. En Amazonie, j'ai demandé à une indienne pourquoi son prénom qui rappelait une fleur changeait au cours de sa vie et elle m'a fait la plus belle des réponses : "laisse moi pousser où je veux"


Dans notre société, certains et certaines devraient s'y essayer, elles y gagneraient sans doute en humilité. ça leur permettrait peut être d'appréhender la violence que fait vivre chaque sexe à l'autre. Avec cette humilité de ne pas détenir une vérité, ils pourraient voir que 80% de l'humanité ce qui s'apparente à une jupe ou une robe. Or, ni la jupe ni le vernis à ongles ne font tomber les couilles et peut être agréable à porter... "il y a tellement plus à voir sous les jupes des garçons" me disait une amie.

Au final, je me demande si dans l'opposition bipolaire des sexes qu'entretient la société occidentale, on ne cherche pas à empêcher les personnes de retrouver leur intégrité propre, à perpétuer un conflit intérieur qui profite à certains, à entretenir un malaise originel entrainant une fuite en avant, pour la rechercher ailleurs qu'en eux-mêmes, par des artefacts...


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