Pourquoi les transgenres sont des créatures diaboliques ?

comment les transgenres deviennent des démons

Plusieurs personnes transgenres relatent avoir reçu des insultes les associant au diable, à Lucifer ou à des démons, et remarquent le dégoût que leurs présences suscitent chez leurs agresseurs. Il s'en suit généralement des injonctions ou des exhortations religieuses, des intimidations, des menaces de mort et des violences physiques. Elles se sentent déshumanisées par les associations douteuses de bestialités, pédophilies et religieuses sur lesquels reposent leurs agressions. Mais est ce que l'histoire valide ces arguments ou est ce une instrumentalisation des agresseurs ?

 La Déesse des dualités

Aux origines des religions, la déesse de l'amour et de la guerre est célébrée pendant près de 4000 ans comme la divinité des dualités : Ishtar en Mésopotamie, Inanna dans l'empire sumérien, Isis dans l'empire d'Égypte, Cybèle en Phrygie, Artémis à Éphèse, Europa dans l'empire grec, Aphrodite dans l'empire romain. Son culte semble commencer dès le IV millénaire av J.C. et se poursuit au moins jusqu'au VI siecle av J.C. chez les Judéens, puis sera dénoncé par le prophète Jérémie. Son culte semble s'éteindre au second siècle de notre ère. Fille du Dieu primordial Enki, parfois représentée avec une barbe, des seins et des armes, parfois accompagnée de 2 lions, d'un bouc ou d'un taureau, on lui confère aussi le pouvoir de donner le genre masculin et féminin ou de l'inverser à sa guise.

 Le culte de la déesse

Des tablettes attestent la participation de prêtres transgenres, eunuques naturels ou hermaphrodites appelés assinnu(m) et kurgarrû(m), qui accomplissaient des chants et des danses rituelles. Ils participaient aussi parfois à la prostitution sacrée avec les femmes kezertus pour financer le culte et les temples. Lors d'évènements particuliers, on y sacrifiait le plus souvent des taureaux. Bien que rien ne permet actuellement d'affirmer l'existence de mutilation ou de castration dans le culte d'origine, l'évolution de celui-ci dans le temps fait apparaitre des prêtres qui se flagellent et se mutilent les organes génitaux, ce qui occasionnaient d'innombrables décès parmi les nouvelles recrues.

 La nature du genre

Les transidentités vont donc être assimilées à l'iconographie de Ishtar de par la nature duelle de leur genre et feront d'eux des ennemis des religions abrahamiques. En effet, le philosophe Augustin d'Hippone, l'un des pères de l'église chrétienne avec Ambroise de Milan, imposera au IV siècle l'idéologie selon laquelle "l'image extérieure est le reflet de la réalité intérieure où siège Dieu". Les interprétations et traductions successives de sa pensée vont créer de la confusion et amener la croyance populaire "naturaliste" que l'être humain ne peut s'autodéterminer, toute modification corporelle entrainant une séparation avec Dieu. Le travestissement par conséquence devient un mensonge et ses pratiquants des hérétiques.

 La dualité du genre

En puisant les idées chez Platon et Aristote, les nouveaux théologiens vont s'opposer à l'idéologie d'Ishtar qui considère la dualité des principes égale, indivisible et intemporelle. Mais les populations vont réduire l'existence humaine à un manichéisme opportuniste en pensant respecter la morale finaliste de Thomas d'Aquin. Ils vont imposer l'injonction de faire un choix définitif pour toutes dualités, sur une morale religieuse du bien et du mal, et d'assumer la frustration qui en découle comme une forme de catharsis rédemptrice des passions auxquelles l'être humain est soumis. L'homme perd sa part féminine et la femme sa part masculine. Le genre devient une assignation à résidence que certains croyants se donnent le droit d'imposer à tous comme "acte de soumission à Dieu, pour que son règne arrive."

L'apocalypse selon Marie

Les religions monothéistes utiliseront tous leurs pouvoirs pour diaboliser cette divinité dans la culture populaire en séparant les dualités. Elles vont faire de Ishtar un principe masculin plutôt que féminin, plutôt animal que humain, provoquant les conflits plutôt que l'amour, incitant les passions dévorantes plutôt que la complétude amoureuse, éveillant les vices charnels plutôt que les désirs sexuels. La déesse Ishtar sera investie des principes négatifs alors qu'une nouvelle divinité antagoniste se verra attribuer ses principes positifs : la Vierge Marie.  Et alors que cette dernière deviendra la mère des dieux, les adeptes des religions abrahamiques vont faire de Ishtar le prince des démons, le prince des ténèbres.

L'ange Déchu

Déesse céleste Ishtar est représentée par la planète Venus, l'étoile du matin qui annonce l'aurore, astre que les romains nommaient Lucifer, et son symbole est une étoile dans un cercle. Il doit sa chute et sa déchéance au lever du soleil qui masque alors la planète diabolique, mais aussi à une traduction erronée de Jérôme de Stridon, un des 4 pères de l'église chrétienne, qui le fera entrer dans la bible en 408 après J.C. La diabolisation d'Ishtar sera d'autant plus facile que l'origine de "La descente aux Enfers" se trouve dans la mythologie de la déesse. Les transgenres qui participent à son culte ont pu alors être associés aux "assinums", créatures serviles de la reine des Enfers, ni Homme ni Femme, et pas tout à fait humains, pouvant côtoyer le monde des morts et le monde des vivants, entrer et sortir des Enfers sans danger.

Le rite sacrificiel

J'entends depuis des siècles que la déshumanisation des personnes homosexuelles et transgenres repose sur un amalgame religieux entretenu avec Lucifer, symbole de la planète Vénus. Je vois depuis des décennies des citoyens réfutant des droits aux personnes homosexuelles et transgenres à cause d'un conte mythologique d'une déesse, maintes fois réécrits par des hommes, relatant la procession astrale. J'affirme qu'au XXI siècle encore des êtres humains se donnent le droit de violenter psychologiquement, socialement, et physiquement des personnes homosexuelles et transgenres, pour faire réapparaitre une étoile éclipsée par le soleil, Vénus.


Les associations à la bestialité et à la pédophilie ont pour objectif de décrédibiliser la parole des personnes humaines et de les déshumaniser. On cherche à les réduire à l'état de clandestin chez eux, dans leur corps, dans leur famille, dans la société, dans les administrations, les entreprises, mais aussi dans leur vie. Ces violences verbales insinuent un droit de traiter les personnes transgenres comme des animaux, voir de les éliminer sans que cela puisse faire l'objet d'un meurtre ou de violences. Mais dans la réalité, ce type d'arguments instrumentalise la religion et a vocation à reconstruire l'égo de l'agresseur en rabaissant verbalement puis physiquement la victime. Ils se construisent sur les fantasmes perverses qui hantent l'esprit des agresseurs convaincus de leur impunité et leur légitimité religieuse, sociale et politique. Ils tuent pour être les élus.
 
 

Notes :

Le culte de Ishtar n'est pas une religion monothéiste à proprement parlé. A partir des cultes primitifs magna mater, va apparaitre des divinités incarnant les principes complexes observées dans l'environnement. Celles-ci vont se multiplier ou disparaitre autour de la figure féminine d'Ishtar qui absorbe leurs capacités en fonction des époques et des lieux. C'est pourquoi ses aptitudes et symboles évoluent dans le temps, tout comme le nom varie selon les territoires où elle est invoquée. Et alors que la figure de Ishtar traverse les millénaires, une kyrielle de religions et cultes se font et se défont sur la même période.

Les croyances religieuses s'organisent autour du mythe dualiste que les principes auxquels l'être humain est soumis vont par deux, sont complémentaires, indissociables et intemporels. Cela implique une réduction du réel à tous les niveaux par une polarisation binaire hiérarchisée par un jugement de valeur (bon ou mauvais). L'intemporalité laisse à penser que l'homme ne peut que les subir dans l'expérience qu'il en fait. Mais selon cette croyance, la vie et la mort ont la même valeur, tout comme l'amour et la guerre. Le dieu que l'on prie fait tout autant le mal que le bien. Le rôle du culte et de la prière a alors pour fonction de faire pencher la balance d'un côté plus que de l'autre, ce qui reste au bon vouloir de la divinité. Beaucoup de fidèles construisent leur réalité essentialiste sur cette idéologie manichéenne qui est contraire à leurs cultes mais qui les déculpabilise ou déresponsabilise de leurs actes. Certaines religions monothéistes vont s'employer à détacher le mal d'un Dieu en créant des antagonistes démoniaques, puis en attachant la source du mal à l'être humain. Mais le combat philosophique contre le manichéisme entrainera une pensée absolutiste des principes opposables, fonctionnels et inaliénables.

Les systèmes politiques ont toujours inventé des nouvelles divinités pour affaiblir ou renforcer les pouvoirs d'un culte en particulier ou encore de faire varier son nom. Et si il est reconnu qu'il y a eu une influence de la religion sur la politique, il est beaucoup moins admis que certains religieux ont reçu des subsides privés qui ait pu orienter leur reflexion. Au travers du culte d'Ishtar, il est courant d'y associer celui de Cybèle, un peu moins celui de Gaïa, Europa, Vénus, Rhéa, ou Diane qui se verront remplacer peu à peu par des divinités masculines. Pourtant leur mythologie respective, à la base des symboles occidentaux, reste très similaire : séduite par un taureau, elles empêcheront leur mari respectif de détruire leurs enfants pour garder leur pouvoir, en le faisant castrer par l'un d'eux. Ishtar quant à elle voulut utiliser le taureau céleste pour tuer Gilgamesh qui s'était refusé à elle. Il est à noter que dans les cultes féminin de Magna Mater, On a retrouvé à proximité des cranes d'auroch. Certains théologiens la relie aussi à Lilith, la première femme d'Adam avant Eve, qui pourrait s'en prendre aux nouveaux nés sans la présence divine des anges.

Pour Régis Burnet, le malentendu sur le corps remonte à Tertullien, premier commentateur de saint Paul et sa lettre aux Corinthiens – « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu ? » Voulant enjoindre à une quête de pureté en soi, il sacralise le corps apparent ; les interprétations successives au moyen âge, sous influences hellénistiques, font du corps le lieu de toutes les impuretés, des vices, des péchés et châtiments, des tentations diaboliques. Le corps devient l'endroit de toutes les faiblesses alors qu'il faut chercher la Grâce dans l'esprit qui devient saint. Tout usage ou modification charnelle devient proscrit en dehors de la procréation. Or selon les textes anciens, Jésus « ne tient aucun discours sur la sexualité ni, plus généralement, sur le corps et ses usages». Il n'y fait mention qu'à l'occasion de souffrances physiques ou maladies. Il est aussi intéressant de remarquer qu'au XXI siècle, le corpus scientifique, politique, industriel et religieux place la limite bioéthique sur l'organe génital alors qu'elle prétend autorisée la greffe de tous les autres organes. On est en droit de se demander sur quoi repose exactement cette limite : la reproduction et sa régulation ou la répartition des pouvoirs par compétence à pénétrer et à enfanter ?

Ainsi si "Dieu ne fait pas d'erreur", les humains dans leurs interprétations ne cessent d'en faire. Ce qui est de la "création divine" n'appartient qu'à lui et c'est pourquoi il exhorte les humains à ne pas juger ce qu'ils ne comprennent pas : La bible évoque la présence des transgenres mais n'impose aucune action : "Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne." [La Bible, Mathieu 19;12]